Cathy George – Comment être un bon parent pour soi-même… 4 éléments de réponse

Comment être un bon parent… pour soi

Praticienne Gestalt, coach professionnel certifiée RNCP et accompagnante en parentalité, j’accompagne les adultes et les adolescents qui ont besoin d’un soutien pendant une période difficile, ou qui sont en quête de mieux se connaître, se comprendre, pour prendre des décisions éclairées. J’interviens tant en thérapie, que sur des questions plus en lien avec la parentalité ou le coaching scolaire et d’orientation, que pour des bilans professionnels.

J’ai travaillé plusieurs années sur le sujet de la parentalité en étant chargée de projets parentalité en association. Cette question du lien parent-enfant m’a toujours passionnée et je suis à chaque fois touchée de voir à quel point les problématiques entre un parent et son enfant font bien souvent écho à quelque chose qui se rejoue de la propre histoire du parent. Voilà pourquoi j’ai souhaité écrire un article sur ce thème « être un bon parent… pour soi-même », car être parent de son enfant et être parent pour soi aussi me semblent bien souvent étroitement liés.

En tant que parent, on a naturellement envie de donner le meilleur à son enfant. Il y a souvent un fossé entre le parent que l’on s’imaginait devenir, avant d’avoir des enfants, et le parent que l’on devient. J’ai souvent vu cette phrase passer : « j’étais une mère parfaite jusqu’à ce que j’ai des enfants », ou encore « avant j’avais des principes, aujourd’hui j’ai des enfants », et ça me semble juste : on fait du mieux qu’on peut en devenant parent et cette injonction d’être « un bon parent » n’a pour moi pas beaucoup de sens… D’une manière générale, j’adhère tout à fait avec les courants de l’éducation positive : c’est une chance d’avoir aujourd’hui plus d’informations scientifiques sur le fonctionnement de l’enfant, sur les effets de l’empathie sur son développement… Sauf que l’empathie, ça ne se commande pas ! Je ne connais pas de parent capable d’empathie tout le temps et en toutes circonstances vis-à-vis de son enfant, tout simplement parce que nous sommes humains, avec nos propres besoins nourris ou pas, avec notre propre histoire réparée ou pas, et bien souvent, sans même en avoir conscience, nos enfants sont nos miroirs et viennent réveiller ces parts de nous qui sont encore dans l’ombre.

A l’heure où l’on trouve de nombreux articles sur « comment mieux communiquer avec son enfant ? », je vous propose plutôt une réflexion sur « comment être un bon parent d’abord pour soi-même ». C’est en effet d’abord en s’occupant de soi en tant que parent, qu’une relation plus authentique et bienveillante s’établira tant avec nous-même qu’avec nos proches. Quand j’accompagne des parents, parfois ils ne voient pas le rapport : ils consultent pour trouver des solutions pour leur enfant, c’est lui qui a un problème… mais c’est plus complexe que cela, car on ne peut pas changer l’autre, on ne peut que se changer soi-même ! Les enfants apprennent plus par mimétisme que par ce qu’on peut leur dire. Beaucoup de parents me partagent leur envie que leurs enfants aient davantage confiance en eux par exemple, et ce sont des parents le plus souvent valorisants et aimants. Cependant, s’ils n’ont pas fait d’abord ce chemin pour eux-mêmes, il y aura une dissonance entre les mots prononcés et ce qu’ils incarnent envers eux-mêmes, et c’est cette communication invisible qui sera davantage reçue par l’enfant.

1- Avant toute chose, veiller à satisfaire ses besoins ou en tous cas les reconnaître dans notre vie de tous les jours.

C’est souvent par manque de sommeil, une vie trop surchargée, parce qu’on n’a pas osé exprimer notre agacement dans la journée qu’on explose à un moment donné sur nos enfants, sur notre conjoint, bref sur les personnes au fond qui nous sont les plus chères. Ils ne sont pas les responsables pourtant à ce moment-là, mais ils ont dit ou fait quelque chose qui représente la goutte qui fait déborder le vase ! Moi-même je sais que pour quelque chose d’aussi banal que des chaussures qui n’ont pas été rangées dans l’entrée, certains jours je vais me contenter de demander à mes enfants de les ranger, et d’autres jours je vais me sentir totalement exaspérée et m’énerver. La tentation est alors grande pour chacun de nous de se dire « oui mais je n’ai pas le choix, je ne pouvais pas dire à cet ami qu’il m’a énervé tout à l’heure… je n’ai pas le choix que de me coucher très tard depuis des semaines car j’ai trop de travail : si je ne le fais pas, qui le fera ? »… En réalité, la satisfaction de nos besoins, personne d’autre que nous-même n’en est responsable. Dès l’instant où on remplace les « je dois » en « je choisis de », on redevient acteur de sa vie et on n’est plus victime. Il ne s’agit pas de satisfaire à tout moment constamment tous nos besoins, c’est impossible, mais de reconnaître qu’à un moment donné, on a eu à choisir entre deux besoins : peut-être que c’était juste de ne pas parler à un ami de cet agacement que l’on ressent à son égard car on a préféré différer la conversation à un moment plus propice à un dialogue constructif. On a alors fait le choix de la sécurité et on pourra satisfaire notre besoin de justice ou d’authenticité un peu plus tard. Dans cette vie qui présente de multiples sollicitations de toutes sortes, nous avons constamment à faire des choix, à renoncer à des choses et il y a à veiller à ne pas renoncer à nos besoins les plus essentiels, à se mettre au centre de nos vies. Apprendre à dire non à l’autre, c’est apprendre à se dire oui à soi.

2- Discerner les émotions ressenties

Il est important également, quand une situation nous touche beaucoup, que l’on ressent des émotions très fortes, de faire un pas de côté et de ralentir… ralentir pour d’abord écouter les sensations dans le corps, puis discerner quelles sont ces émotions que l’on ressent. Ça paraît simple comme ça de dire si on ressent plutôt de la colère, de la tristesse ou de la peur, mais en réalité la palette de nos sentiments est bien plus vaste que cela, et une émotion peut en cacher une autre. Cela peut nous venir de notre éducation mais pas seulement. Par exemple, il n’est pas tellement admis dans nos sociétés qu’un petit garçon pleure, et il arrive donc à l’âge adulte qu’un homme, quand il ressent de la tristesse, manifeste de la colère car c’était davantage accepté.

Et puis il est aussi possible que cette émotion qui nous submerge dans une situation du présent, se réactive en réalité à cause d’une situation inachevée du passé.  C’était le cas d’une maman par exemple que j’ai accompagnée, qui était en conflit permanent avec son fils qu’elle trouvait insolent, envahissant : selon ses dires il lui fallait tout, tout de suite. Sa demande initiale était « comment le changer lui ? ». Quand elle a pris conscience que le besoin de son fils était simplement d’avoir son attention, d’être vu par elle, et que c’était le moyen qu’il avait trouvé pour obtenir son regard, cela l’a beaucoup touchée car c’est elle-même ce qu’elle avait ressenti quand, enfant, elle cherchait l’attention de son père qui était si peu présent. Un autre parent qui n’aurait pas vécu son histoire à elle, n’aurait pas ressenti autant de colère contre ce fils, mais il se rejouait ici quelque chose de son passé qui avait été pour elle insupportable. Cette colère qu’elle ressentait était celle de la petite fille encore en elle. Elle n’avait pas pu s’exprimer à l’époque, et elle se rejouait dans sa relation avec son fils. Tant que des mots ne sont pas posés pour accueillir les émotions passées refoulées, elles sont vouées à se rejouer dans notre présent.

Toutes les fois où l’envie est grande de vouloir changer son enfant ou un proche, est une occasion de se demander « qu’est ce que je ressens quand il fait ça ? Qu’est ce que ça vient toucher chez moi ? » Ce chemin vers soi d’abord est important pour se libérer des attentes inconscientes, blessures du passé, qui viennent polluer nos relations et lui faire perdre de son authenticité.

 3- Se donner à soi-même ce que l’enfant en nous aurait eu besoin de recevoir à l’époque où il n’avait pas encore de mots pour le demander.  

Quand on est touché par de fortes émotions, cela nous fait souvent perdre tous nos moyens, toute notre rationalité. C’est un phénomène normal et reconnu aujourd’hui par les neurosciences. Il faut attendre que l’émotion en nous s’apaise pour retrouver toutes nos capacités. On peut aussi se demander « quel âge j’ai quand je ressens cela ? ». Encore souvent, montrer ses émotions est vu comme un aveu de faiblesse justement parce qu’on ne se sent pas totalement adulte quand on se met à crier, ou à pleurer de colère par exemple. La honte, ou la culpabilité ressenties par la part de nous adulte peuvent rapidement écraser à nouveau les émotions refoulées de l’enfant en nous. Et pourtant, réprimer cette émotion, c’est à nouveau faire revivre de l’injustice à cette part de nous.

De quoi aurai-je eu besoin à cet âge-là ? D’être écouté ? reconnu ? Consolé ? Aimé ? Quelque soit le besoin identifié, c’est alors possible de se le donner à soi-même. En Communication Non Violente on parle d’auto empathie. C’est souvent plus facile d’être empathique avec l’autre qu’on ne l’est avec soi-même. On peut parfois avoir des mots durs envers nous-même dans notre langage intérieur. Ça arrive quand on se compare, quand on se juge nul, incompétent… Cette petite voix intérieure ne nous fait pas du bien. On peut alors essayer de se reconnecter à ce petit enfant en nous, essayer de le visualiser tel qu’il était à 3, 4, ou 5 ans, et de se demander « qu’est ce que tu aurais envie de lui dire ? Est-ce que tu lui dirais, à lui, tous ces mots si durs ? » Non cet enfant que nous étions ne mérite pas cela, et c’est à lui qu’on s’adresse en réalité quand on se dévalorise.

 4- Être bienveillant avec soi : c’est en se trompant qu’on apprend !

Être un bon parent pour soi, c’est aussi et avant tout être bienveillant envers soi-même. C’est aussi donner à nos enfants l’exemple qu’on peut se tromper, que c’est positif, qu’il n’y a pas à être parfait. Winnicott parlait de « la mère suffisamment bonne », et à mon sens c’est juste, tant envers nos enfants qu’envers nous-même. Il n’est pas possible de tout contrôler, nous sommes des êtres imparfaits. Et même si nous avons été élevés dans des croyances que l’erreur est un échec, il est possible de se choisir pour soi de nouveaux mantras et de voir l’erreur comme une expérience, comme une opportunité d’apprendre de nouvelles choses.

C’est en devenant maman que j’ai trouvé mon propre mode d’emploi, mes enfants m’ont amenée à grandir. Cette question d’être un bon parent d’abord pour soi ne s’applique toutefois pas que dans la relation parent enfant, mais pour toutes les relations que l’on vit : avec son conjoint, ses collègues, ses amis… Car la vie nous fait constamment revivre des situations inachevées de notre passé pour nous permettre enfin de les réparer. C’est le travail entrepris en thérapie aussi : se réparer, à l’occasion d’une relation sécure avec son thérapeute, pour vivre en étant plus libre. On ne tombe alors plus dans les mêmes schémas répétitifs, ou en tous cas, on en sort de plus en plus vite. Et se libérer soi, c’est aussi libérer les générations qui suivent, des poids du passé, que nos enfants n’auront donc plus à porter.

Cathy George, coach et thérapeute

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